La nature m’émerveille, elle est si belle si surprenante .. Entrez dans cet univers minuscule, vieux de 4000 ans : une zone humide naturelle, d’une richesse remarquable où espèces animales et végétales vivent dans un écosystème hors du commun.

Une tourbière vous dîtes?

Tourbière de Cuguron (zone sensible)

Le long du chemin, le talus est gorgé d’eau. Étrange, il n’a pas plu, la terre est plutôt sèche depuis notre départ de Cuguron. Soudain, la forêt laisse place à une prairiepâturent Tabriz, le mulet et Rondeau, le double poney Landais.
Sans un spécialiste, impossible de savoir ce qui se cache ici. De surprises en surprises, Jérémy me dévoile la beauté des lieux.

Le saviez-vous ?
Le poney Landais est adapté aux zones humides, c’est un équidé des marécages. Nos amis pâturent et préservent la tourbière de Cuguron, en y régulant la végétation.

Une mosaïque de milieux

Sphaigne (plante protégée) de la tourbière de Cuguron

Le sol est spongieux, les herbes hautes, j’avance à petits pas derrière mon guide. Il m’a alertée, le lieu est fragile et sensible au piétinement. Sous les molinies bleues (les herbes), se découvrent les sphaignes, qui sont des mousses à l’origine de la production de la tourbe.
Ici vivent des espèces adaptées à ce milieu hostile : le lézard vivipare (espèce protégée), des libellules, araignées et papillons dont le damier de la Succise ou damier des marais (espèce protégée).

Ici, dans la plaine Commingeoise

Drosera – plante carnivore

Au coeur de la tourbière, je découvre le plus extraordinaire : la Drosera intermedia Hayne et Drosera à feuilles rondes (rotundifoilia). Je me demande par quel miracle des végétaux se développent dans ce milieu aussi acide et pauvre en éléments nutritifs ?
Cette petite plante carnivore m’étonne. Elle possède, sur la surface supérieure de ses feuilles, des poils sécrétant un liquide collant qui piège les insectes, incroyable !

Comprendre cet écosystème

Explications par Jérémy, chargé d’études à l’AREMIP

🌿 un milieu original, acide et pauvre en nutriments 🕷🦋🦎

Les formations géologiques du plateau de Lannemezan sont relativement imperméables et propices à la présence de zones humides. Le plateau de Lannemezan qui signifie « au milieu de la lande « . C’est ici que l’on trouve la tourbière de Cuguron (à quelques kilomètres de Montréjeau).
Elle est alimentée en eau par des suintements qui s’écoulent à travers les vallons. L’eau de pluie qui s’infiltre est pauvre en nutriment. Il est donc primordial de respecter ces conditions (l’eau doit rester acide pour maintenir le bon fonctionnement de la tourbière).

Araignée de la tourbière de Cuguron

Ce milieu gorgé d’eau, acide et pauvre en nutriments limite la décomposition de la matière organique (végétaux) qui s’accumule au fil des siècles et forme la tourbe. Cette dynamique est favorisée par la présence de sphaignes (mousses) que l’on retrouve dans ce milieu.
Les tourbières ont donc aussi un intérêt archéologique primordial, par la conservation de pollens, de graines et d’autres traces du passé préhistorique.

Les milieux humides ont fortement régressé depuis le dernier siècle, ceci est dû au changement de pratiques (abandon, drainage, intensification agricole, boisement, urbanisation).

La tourbière possède une biodiversité très spécifique et importante, de par son rôle de captage de carbone. Il stocke la plus importante quantité de carbone actif de tous les écosystèmes terrestres.
Selon l’étude la plus récente, les tourbières stockent à elles seules le double de tout le carbone stocké par la biomasse forestière dans le monde, soit 75% du carbone de l’atmosphère et 30 % du carbone des sols du monde entier. Cela, alors qu’elles représentent moins de 3% des terres émergées. C’est dire si leur rôle est crucial dans la lutte contre le réchauffement climatique induit par le rejet d’émissions de gaz à effet de serre (GES)
De plus, si une tourbière est détruite ou dégradée, elle risque de relarguer une partie du carbone qu’elle a accumulé pendant des milliers d’années. Les tourbières, comme la plupart des zones humides, jouent également un rôle dans la régulation des eaux, de par leur rôle d’éponge. Elles permettent de limiter l’impact des crues en stockant de l’eau, puis de la restituer au cours d’eau en période sèche.

Il est essentiel d’œuvrer à la préservation de cet écosystème de premier plan 🌿

Le saviez-vous ?
L’AREMIP gère cette tourbière depuis 25 ans en collaboration avec la commune de Cuguron. Des suivis et des actions de restauration sont mis en place pour conserver cet habitat remarquable.

Infos pratiques